cliquez sur : "La société ouverte et ses nouveaux ennemis" d'Alain Laurent :
"Toutes les démocraties égalitaires, détribalisées et sécularisées d'Occident sont confrontées aux mêmes défis du communautarisme et de la réislamisation d'une partie de l'immigration - accrus par un continuel afflux de "clandestins" : le problème de l'intégration se pose donc moins en termes franco-français de "République" que plus globalement de "société ouverte".
Dans la perspective de Karl Popper ( la société ouverte et ses ennemis) et usant de la liberté d'esprit et de parole chère à Jean-François Revel, il s'agit ici, à partir de faits, de montrer que cette situation critique résulté d'abord de la forfaiture morale et parfois juridique de politiques qui n'ont pas voulu faire respecter le droit commun démocratique. Mais, surtout et en amont, de l'emprise d'une idéologie prétendument "antiraciste", "sans-frontiériste" et acquise au relativisme multiculturel qui a perverti les valeurs de tolérance et d'ouverture : en elle se retrouvent les véritables et paradoxaux nouveaux ennemis de la société ouverte.
Faisant grand cas de l'émergence d'une résistance intellectuelle de tradition anti-totalitaire ( aux antipodes de l'extrême droite) à cette bien pensance et du combat émancipateur des "musulman(e)s libres", cette réflexion pointe le pathos masochiste qui fait oeuvrer les sociétés ouvertes contre elles-mêmes. Sans oublier d'explorer les conditions d'une ouverture raisonnable à l'altérité."
dimanche 17 mai 2009
samedi 16 mai 2009
Le combat de Jacques Maritain contre l'antisémitisme, Y. Chevalier
C’est, bien sûr, du sens du “combat de Jacques Maritain contre l’antisémitisme” que je me propose de parler (1). Remarquons, en introduction, que si Maritain a toujours refusé de s’engager dans l’action politique au sens propre, il a largement utilisé la “parole” — écrite ou orale — pour exprimer ce qu’il considérait, au niveau de la constitution de la société ou à celui des rapports entre les hommes, comme les conséquences nécessaires des principes à la fois du droit naturel et de la raison ; et il a, pendant près de cinquante ans, mené un combat qui ne fut pas sans courage.
Sur la question de l’antisémitisme, j’essaierai de le montrer en trois temps : d’abord, à travers les textes de Maritain lui-même, pour dégager le message qu’il a entendu faire passer, la conception qu’il se faisait de l’antisémitisme et des solutions qu’il convenait de mettre en œuvre pour le contrecarrer ; ensuite, je citerai un certain nombre d’“actions” qu’il a lui-même entreprises, essentiellement lorsqu’il était à Rome, Ambassadeur de France près le Saint-Siège, ce qui lui donnait la possibilité d’intervenir (pas toujours avec succès, cependant) au plus haut niveau, autant à titre d’Ambassadeur que de Philosophe catholique. Dans une troisième partie, je voudrais m’interroger sur les “raisons”, au sens de “motivations”, qui ont amené Maritain à prendre, dans l’arène politique souvent peu tendre, les positions qu’il a prises et a tenues contre vents et marées pendant un demi-siècle (2).
Sur la question de l’antisémitisme, j’essaierai de le montrer en trois temps : d’abord, à travers les textes de Maritain lui-même, pour dégager le message qu’il a entendu faire passer, la conception qu’il se faisait de l’antisémitisme et des solutions qu’il convenait de mettre en œuvre pour le contrecarrer ; ensuite, je citerai un certain nombre d’“actions” qu’il a lui-même entreprises, essentiellement lorsqu’il était à Rome, Ambassadeur de France près le Saint-Siège, ce qui lui donnait la possibilité d’intervenir (pas toujours avec succès, cependant) au plus haut niveau, autant à titre d’Ambassadeur que de Philosophe catholique. Dans une troisième partie, je voudrais m’interroger sur les “raisons”, au sens de “motivations”, qui ont amené Maritain à prendre, dans l’arène politique souvent peu tendre, les positions qu’il a prises et a tenues contre vents et marées pendant un demi-siècle (2).
Mariam, la petite arabe
X, j’ai lu avec attention les deux beau portraits de saintes proposés et je ne peux m’empêcher d’en ajouter un troisième qui m’a marquée personnellement et que vous connaissez sans doute.( en lisant où elle a vécu, vous comprendrez pourquoi je dis cela).
Je dresse son portrait à partir d’un livre « Mariam, la petite arabe » écrit par Amédée Brunot, édition Salvator,1989.
(bouquin retrouvé dans la bibliothèque de ma grand-mère, lors de son décès).
C’est l’histoire merveilleuse de Mariam, la petite arabe, « bienheureuse sœur Marie de Jésus Crucifié ».
Je dresse son portrait à partir d’un livre « Mariam, la petite arabe » écrit par Amédée Brunot, édition Salvator,1989.
(bouquin retrouvé dans la bibliothèque de ma grand-mère, lors de son décès).
C’est l’histoire merveilleuse de Mariam, la petite arabe, « bienheureuse sœur Marie de Jésus Crucifié ».
Qu'est ce que l'homme ? de Chantal Delsol
Qu'est ce que l'homme ?
Cours familier d'anthropologie
de Chantal Delsol
La nuit surveillée, éditions du Cerf, 2008
Cours familier d'anthropologie
de Chantal Delsol
La nuit surveillée, éditions du Cerf, 2008
synthèse de Eloge de la singularité de Chantal Delsol
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Eloge de la singularité de Chantal Delsol
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Eloge de la singularité de Chantal Delsol
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samedi 24 janvier 2009
ré-information : tous les mots et les gestes comptent.
PPDA de TF1, Charles Enderlin de France 2 et un soldat de Tsahal sont capturés par un commando du Hamas. Le chef du commando déclare à ses prisonniers que se conformant aux préceptes de l'islam, Religion d'Amour de Tolérance et de Paix, il leur est accordé une dernière volonté avant d'être égorgés.
PPDA déclare : « Je suis d'origine bretonne et je voudrais déguster, pour la dernière fois un far breton. » Le chef du commando adresse un signe de la tête à l'un de ses subordonnés qui revient quelques instants plus tard avec un boîte pleine de far breton. PPDA déguste lentement le tout et déclare « Maintenant je peux mourir heureux ».
Enderlin déclare : « Je suis un grand reporter et voudrais pour la dernière fois décrire la mort du petit Al-Dura et prouver au monde entier que je n'ai fait que mon devoir de journaliste ». Un petit hochement de tête du chef. Enderlin enregistre son reportage historique et déclare : « Maintenant je peux mourir heureux »
Le chef se retourne vers le troufion de Tsahal. « Et toi ordure sioniste, quelles sont tes dernières volontés ? » « Donne-moi un coup de pied au cul » répond le biffin.
« Quoi ? demande le chef, tu te fous de nous au moment où tu vas mourir ? » « Non, je ne plaisante pas. Je veux que tu me donnes un coup de pied au cul ! »
Le chef passe derrière l'Israélien et lui donne un violent coup de pied. Le soldat tombe, exécute un roulé-boulé de professionnel, prend appui sur un genou, sort un magnum P 38 d'une de ses poches, abat le chef du commando, profite de la confusion pour arracher le kalachnikov d'un des terroristes et descend tous les membres du commando.
Il détache PPDA et Enderlin qui s'écrient en même temps « Pourquoi ne les avez-vous pas tués tout de suite ? pourquoi lui avez-vous demandé de frapper d'abord ? »
« Pourquoi ? pour ne pas vous entendre m'accuser d'agression ! »
PPDA déclare : « Je suis d'origine bretonne et je voudrais déguster, pour la dernière fois un far breton. » Le chef du commando adresse un signe de la tête à l'un de ses subordonnés qui revient quelques instants plus tard avec un boîte pleine de far breton. PPDA déguste lentement le tout et déclare « Maintenant je peux mourir heureux ».
Enderlin déclare : « Je suis un grand reporter et voudrais pour la dernière fois décrire la mort du petit Al-Dura et prouver au monde entier que je n'ai fait que mon devoir de journaliste ». Un petit hochement de tête du chef. Enderlin enregistre son reportage historique et déclare : « Maintenant je peux mourir heureux »
Le chef se retourne vers le troufion de Tsahal. « Et toi ordure sioniste, quelles sont tes dernières volontés ? » « Donne-moi un coup de pied au cul » répond le biffin.
« Quoi ? demande le chef, tu te fous de nous au moment où tu vas mourir ? » « Non, je ne plaisante pas. Je veux que tu me donnes un coup de pied au cul ! »
Le chef passe derrière l'Israélien et lui donne un violent coup de pied. Le soldat tombe, exécute un roulé-boulé de professionnel, prend appui sur un genou, sort un magnum P 38 d'une de ses poches, abat le chef du commando, profite de la confusion pour arracher le kalachnikov d'un des terroristes et descend tous les membres du commando.
Il détache PPDA et Enderlin qui s'écrient en même temps « Pourquoi ne les avez-vous pas tués tout de suite ? pourquoi lui avez-vous demandé de frapper d'abord ? »
« Pourquoi ? pour ne pas vous entendre m'accuser d'agression ! »
vendredi 23 janvier 2009
Toorop-Petraeus; La théorie de l'Anaconda
QUI EST DAVID PEATRUS?
Par Guy Sorman,auteur "de made in USA" ed Fayard.
Le Président Obama a reçu ce jour le Général David Petraeus à la Maison Blanche ; il compte sur lui pour quitter l'Irak dans les meilleures conditions possibles et pour progresser en Afghanistan . Ce même officier qui a si bien servi George W Bush est maintenant au service d'une autre politique , à moins qu'il ne s'agisse de la même. On ne sait pas encore . Nous venons de rencontrer Petraeus à New York ; voici son portrait , ou "profile" comme on dit aux Etats-Unis.
"Les Irakiens l’ont surnommé le Roi David. Un titre plutôt affectueux que le Général David Petraeus a gagné en 2003, après s’être emparé de Bagdad puis de Mossoul. Mossoul, dont il devint un peu par hasard, le gouverneur. « Je suis entré au siège du gouvernement, se souvient Petraeus, j’ai demandé où était l’administration ? ». Les Américains n’avaient pas envisagé que toutes les institutions irakiennes se volatiliseraient. Un huissier qui n’avait pas pris la fuite expliqua à Petraeus que dès l’instant où il était le conquérant, il lui revenait aussi de gouverner l’Irak. Petraeus improvisa : il poursuivit de front l’offensive militaire et la reconstruction du pays. « Nous avions découvert, me dit Petraeus que nous étions des étrangers dans un pays étrange ». L’armée américaine, admet-il, ne connaissait rien à la civilisation arabe. Mais il en tire les conséquences. De retour aux Etats-Unis, nommé directeur de l’Ecole de guerre, il va modifier radicalement la culture militaire américaine. « Ma génération (il est né en 1956) a été formée, se souvient-il, pour détruire des chars soviétiques avec nos hélicoptères ». Une formation inutile dans la lutte moderne contre le terrorisme. Terrorisme ? Petraeus refuse d’employer le terme de « guerre contre la terreur ». Le terrorisme, explique-t-il, n’est qu’un aspect d’un combat global engagé par les « extrémistes » contre nos valeurs et nos modes de vie ». Rappelons que le serment du soldat américain exige qu’il protège « l’American way of life ». À partir de cette définition de l’extrémisme et de son expérience en Irak, Petraeus a rédigé le Manuel de la contre insurrection (counter insurgency), la nouvelle bible de l’armée américaine. George W. Bush le renverra en Irak en 2007 avec mission d’appliquer ses idées. « Petraeus a réussi, au-delà de nos rêves les plus fous », a commenté Barack Obama au cours de sa campagne présidentielle.
Petraeus a-t-il gagné la guerre ou du moins a-t-il empêché que les Etats-Unis la perdent ? « Il ne faut plus raisonner en termes de victoire ou de défaite, dit-il. Le temps est passé où on plantait un drapeau sur une colline. » La guerre contre l’extrémisme doit être mesurée en termes de « dynamique » et de « progrès ». En Irak, dit Petraeus, des progrès remarquables ont été accomplis, en collaboration avec la nouvelle armée irakienne : « des progrès mesurables, fragiles et réversibles ». Mais l’opinion publique aux Etats-Unis, constate le Général, a déjà oublié ce qu’était la situation il y a un an : de quarante attentats par jour à Bagdad en 2007, le pays est passé à un taux de criminalité comparable à certains pays d’Amérique latine.
Ce succès fragile a été acquis beaucoup grâce à une augmentation des effectifs, dit Petraeus, mais avant tout grâce à l’application d’idées nouvelles. Ancien de l’académie militaire de West Point mais aussi diplômé de l’Université de Princeton, Petraeus est considéré aux Etats-Unis, comme un intellectuel-soldat : le héros d’une nouvelle génération à la tête de l’armée. Depuis son succès en Irak, Petraeus bénéficie d’une aura comparable à celle de grands officiers du passé, comme Eisenhower ou MacArthur. On lui prête donc des intentions politiques qu’il n’a pas, ou pas encore. Si Petraeus n’a pas cette ambition, il n’empêche qu’aucun homme d’Etat, pas plus George W. Bush que Barack Obama, ne prend une décision stratégique sans, au préalable, « écouter les militaires » : en clair « sans l’avis de Petraeus ».
« Mes idées, dit Petraeus, je les ai puisées dans notre mémoire historique. Naguère, l’armée américaine alliait l’art de la guerre à celui de l’administration ». Ce fut le cas lors des « guerres indiennes » du XIXe siècle (l’armée américaine, contrairement à Hollywood, conserve une mémoire positive de cette guerre vécue comme civilisatrice) ; ce fut aussi ,en 1900, l’expérience de l’armée contre l’insurrection des Philippines. « À cette époque, rappelle Petraeus, l’armée combattait les extrémistes et, en même temps, édifiait des écoles, des hôpitaux, des routes ». Une autre source d’inspiration pour Petraeus est l’armée française en Algérie. Il convient, dit-il, de ne pas répéter ses erreurs : la torture, les agressions contre la population locale. Mais il convient aussi de répliquer ce que Petraeus considère être ses succès : « apporter la sécurité à la population, lui rendre des services concrets et vivre parmi elle ». Des méthodes qui furent systématisées dans un livre peu connu en France, Contre-insurrection, Théorie et pratique de David Galula, officier en Kabylie en 1958 ; Petraeus en a préfacé l’édition américaine et rendu l’étude obligatoire pour tous les officiers. Et il ne se lasse pas de regarder La Bataille d’Alger de Gillo Pontecorvo, film culte qu’il impose à tous ses visiteurs.
C’est à Petraeus qu’il revient maintenant, après être entré en Irak, d’en sortir, sous les ordres de Robert Gates, hier ministre de la Défense de George W. Bush et aujourd’hui, de Barack Obama. « L’armée, dit Petraeus, se réjouit de cette continuité ». Sortir d’Irak ? Petraeus récuse le mot : il s’agit d’organiser une « transition » entre l’armée américaine et l’armée irakienne. Une transition déjà engagée. Mais Petraeus admet que les sorties réussies, après une guerre contre les extrémistes, sont rares : il cite deux expériences, le retrait britannique de Malaisie et d’Oman, deux guérillas vaincues qui ont fait place à des Etats stables.
Et à peine sorti d’Irak, l’armée américaine devra se concentrer sur l’Afghanistan. David Petraeus, depuis septembre 2007, est le Centcom, commandant de l’armée américaine pour une zone qui couvre le Proche-Orient, l’Asie centrale, le Pakistan. Le siège du Centcom est en Floride à Tampa ; mais Petraeus est en déplacement perpétuel. Suivi d’une escorte de soldats-intellectuels et d’un équipement de communication mobile, il gère ses réunions depuis n’importe quel lieu dans le monde, au sol ou dans les airs. » L’Afghanistan, dit Petraeus, sera un peu plus facile à gérer dans l’opinion publique : cette guerre est perçue comme juste, par opposition à la sale guerre en Irak. Mais sur le terrain, ce sera plus dur ». Au contraire de l’Irak, l’Afghanistan n’a pas de ressources, pas de tradition étatique, peu d’élites éduquées. Petraeus est déterminé à y appliquer sa méthode : vivre parmi la population, lui apporter la sécurité, instaurer une administration légitime, créer une économie viable. Petraeus appelle cela la stratégie de l’Anaconda : le schéma projeté sur écran ressemble à un gros serpent qui se nourrit de tous les ingrédients possibles, des Forces spéciales à la construction d’écoles et aux opérations de propagande. Ceci imposera, dit-il, » non pas une unité de commandement - avec l’Otan, c’est hors d’atteinte - mais une unité de coordination », pour l’instant inexistante. « Si nos idées sont justes, dit Petraeus, elles nous permettront de vaincre les extrémistes. Ceux-ci ont pris l’avantage, parce que nous restons prisonniers de méthodes militaires archaïques ». Et certains pays ne coopéraient pas avec l’Otan parce qu’ils se croyaient à l’abri. « Cela changera à mesure que les extrémistes étendront leur champ d’intervention ». Petraeus assure que la conscience du danger extrémiste devient plus claire. Ainsi, l’Arabie Saoudite a-t-elle échappé à la déstabilisation, que tout le monde annonçait il y a deux ou trois ans : le gouvernement a compris la nature du danger et adopté la stratégie tous azimuths de Petraeus (« par coïncidence », dit-il). La même prise de conscience opère maintenant au Pakistan, en Inde. Mais tout progrès est réversible : la Bosnie où Petraeus a servi en 1995, menace de nouveau d’exploser. Cette guerre contre l’extrémisme durera plusieurs générations ; Barack Obama maintenant le sait."
New York, 22 janvier 2009
Par Guy Sorman,auteur "de made in USA" ed Fayard.
Le Président Obama a reçu ce jour le Général David Petraeus à la Maison Blanche ; il compte sur lui pour quitter l'Irak dans les meilleures conditions possibles et pour progresser en Afghanistan . Ce même officier qui a si bien servi George W Bush est maintenant au service d'une autre politique , à moins qu'il ne s'agisse de la même. On ne sait pas encore . Nous venons de rencontrer Petraeus à New York ; voici son portrait , ou "profile" comme on dit aux Etats-Unis.
"Les Irakiens l’ont surnommé le Roi David. Un titre plutôt affectueux que le Général David Petraeus a gagné en 2003, après s’être emparé de Bagdad puis de Mossoul. Mossoul, dont il devint un peu par hasard, le gouverneur. « Je suis entré au siège du gouvernement, se souvient Petraeus, j’ai demandé où était l’administration ? ». Les Américains n’avaient pas envisagé que toutes les institutions irakiennes se volatiliseraient. Un huissier qui n’avait pas pris la fuite expliqua à Petraeus que dès l’instant où il était le conquérant, il lui revenait aussi de gouverner l’Irak. Petraeus improvisa : il poursuivit de front l’offensive militaire et la reconstruction du pays. « Nous avions découvert, me dit Petraeus que nous étions des étrangers dans un pays étrange ». L’armée américaine, admet-il, ne connaissait rien à la civilisation arabe. Mais il en tire les conséquences. De retour aux Etats-Unis, nommé directeur de l’Ecole de guerre, il va modifier radicalement la culture militaire américaine. « Ma génération (il est né en 1956) a été formée, se souvient-il, pour détruire des chars soviétiques avec nos hélicoptères ». Une formation inutile dans la lutte moderne contre le terrorisme. Terrorisme ? Petraeus refuse d’employer le terme de « guerre contre la terreur ». Le terrorisme, explique-t-il, n’est qu’un aspect d’un combat global engagé par les « extrémistes » contre nos valeurs et nos modes de vie ». Rappelons que le serment du soldat américain exige qu’il protège « l’American way of life ». À partir de cette définition de l’extrémisme et de son expérience en Irak, Petraeus a rédigé le Manuel de la contre insurrection (counter insurgency), la nouvelle bible de l’armée américaine. George W. Bush le renverra en Irak en 2007 avec mission d’appliquer ses idées. « Petraeus a réussi, au-delà de nos rêves les plus fous », a commenté Barack Obama au cours de sa campagne présidentielle.
Petraeus a-t-il gagné la guerre ou du moins a-t-il empêché que les Etats-Unis la perdent ? « Il ne faut plus raisonner en termes de victoire ou de défaite, dit-il. Le temps est passé où on plantait un drapeau sur une colline. » La guerre contre l’extrémisme doit être mesurée en termes de « dynamique » et de « progrès ». En Irak, dit Petraeus, des progrès remarquables ont été accomplis, en collaboration avec la nouvelle armée irakienne : « des progrès mesurables, fragiles et réversibles ». Mais l’opinion publique aux Etats-Unis, constate le Général, a déjà oublié ce qu’était la situation il y a un an : de quarante attentats par jour à Bagdad en 2007, le pays est passé à un taux de criminalité comparable à certains pays d’Amérique latine.
Ce succès fragile a été acquis beaucoup grâce à une augmentation des effectifs, dit Petraeus, mais avant tout grâce à l’application d’idées nouvelles. Ancien de l’académie militaire de West Point mais aussi diplômé de l’Université de Princeton, Petraeus est considéré aux Etats-Unis, comme un intellectuel-soldat : le héros d’une nouvelle génération à la tête de l’armée. Depuis son succès en Irak, Petraeus bénéficie d’une aura comparable à celle de grands officiers du passé, comme Eisenhower ou MacArthur. On lui prête donc des intentions politiques qu’il n’a pas, ou pas encore. Si Petraeus n’a pas cette ambition, il n’empêche qu’aucun homme d’Etat, pas plus George W. Bush que Barack Obama, ne prend une décision stratégique sans, au préalable, « écouter les militaires » : en clair « sans l’avis de Petraeus ».
« Mes idées, dit Petraeus, je les ai puisées dans notre mémoire historique. Naguère, l’armée américaine alliait l’art de la guerre à celui de l’administration ». Ce fut le cas lors des « guerres indiennes » du XIXe siècle (l’armée américaine, contrairement à Hollywood, conserve une mémoire positive de cette guerre vécue comme civilisatrice) ; ce fut aussi ,en 1900, l’expérience de l’armée contre l’insurrection des Philippines. « À cette époque, rappelle Petraeus, l’armée combattait les extrémistes et, en même temps, édifiait des écoles, des hôpitaux, des routes ». Une autre source d’inspiration pour Petraeus est l’armée française en Algérie. Il convient, dit-il, de ne pas répéter ses erreurs : la torture, les agressions contre la population locale. Mais il convient aussi de répliquer ce que Petraeus considère être ses succès : « apporter la sécurité à la population, lui rendre des services concrets et vivre parmi elle ». Des méthodes qui furent systématisées dans un livre peu connu en France, Contre-insurrection, Théorie et pratique de David Galula, officier en Kabylie en 1958 ; Petraeus en a préfacé l’édition américaine et rendu l’étude obligatoire pour tous les officiers. Et il ne se lasse pas de regarder La Bataille d’Alger de Gillo Pontecorvo, film culte qu’il impose à tous ses visiteurs.
C’est à Petraeus qu’il revient maintenant, après être entré en Irak, d’en sortir, sous les ordres de Robert Gates, hier ministre de la Défense de George W. Bush et aujourd’hui, de Barack Obama. « L’armée, dit Petraeus, se réjouit de cette continuité ». Sortir d’Irak ? Petraeus récuse le mot : il s’agit d’organiser une « transition » entre l’armée américaine et l’armée irakienne. Une transition déjà engagée. Mais Petraeus admet que les sorties réussies, après une guerre contre les extrémistes, sont rares : il cite deux expériences, le retrait britannique de Malaisie et d’Oman, deux guérillas vaincues qui ont fait place à des Etats stables.
Et à peine sorti d’Irak, l’armée américaine devra se concentrer sur l’Afghanistan. David Petraeus, depuis septembre 2007, est le Centcom, commandant de l’armée américaine pour une zone qui couvre le Proche-Orient, l’Asie centrale, le Pakistan. Le siège du Centcom est en Floride à Tampa ; mais Petraeus est en déplacement perpétuel. Suivi d’une escorte de soldats-intellectuels et d’un équipement de communication mobile, il gère ses réunions depuis n’importe quel lieu dans le monde, au sol ou dans les airs. » L’Afghanistan, dit Petraeus, sera un peu plus facile à gérer dans l’opinion publique : cette guerre est perçue comme juste, par opposition à la sale guerre en Irak. Mais sur le terrain, ce sera plus dur ». Au contraire de l’Irak, l’Afghanistan n’a pas de ressources, pas de tradition étatique, peu d’élites éduquées. Petraeus est déterminé à y appliquer sa méthode : vivre parmi la population, lui apporter la sécurité, instaurer une administration légitime, créer une économie viable. Petraeus appelle cela la stratégie de l’Anaconda : le schéma projeté sur écran ressemble à un gros serpent qui se nourrit de tous les ingrédients possibles, des Forces spéciales à la construction d’écoles et aux opérations de propagande. Ceci imposera, dit-il, » non pas une unité de commandement - avec l’Otan, c’est hors d’atteinte - mais une unité de coordination », pour l’instant inexistante. « Si nos idées sont justes, dit Petraeus, elles nous permettront de vaincre les extrémistes. Ceux-ci ont pris l’avantage, parce que nous restons prisonniers de méthodes militaires archaïques ». Et certains pays ne coopéraient pas avec l’Otan parce qu’ils se croyaient à l’abri. « Cela changera à mesure que les extrémistes étendront leur champ d’intervention ». Petraeus assure que la conscience du danger extrémiste devient plus claire. Ainsi, l’Arabie Saoudite a-t-elle échappé à la déstabilisation, que tout le monde annonçait il y a deux ou trois ans : le gouvernement a compris la nature du danger et adopté la stratégie tous azimuths de Petraeus (« par coïncidence », dit-il). La même prise de conscience opère maintenant au Pakistan, en Inde. Mais tout progrès est réversible : la Bosnie où Petraeus a servi en 1995, menace de nouveau d’exploser. Cette guerre contre l’extrémisme durera plusieurs générations ; Barack Obama maintenant le sait."
New York, 22 janvier 2009
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